| Des femmes messagères de Dieu
Irmtraud Fischer vient de publier ce deuxième tome d'une trilogie au Cerf.
Au niveau d'une lecture et analyse de la tradition biblique, ce livre marque un long chemin parcouru.
Aux débuts de la théologie féministe, deux axes étaient prépondérantes dans le travail de ces théologiennes :
Dénoncer une exégèse partisane au profit de la gent masculine.
Sortir de l'oubli des thèmes et des personnages particuliers.
Le statut de ces travaux était souvent marginal. Soit par le fait que ces travaux ne concernait qu'un aspect très limité de la théologie, soit parce que les auteurs avaient un statut peu reconnu par le monde universitaire.
Irmtraud Fischer, dans son livre ... réussit un tour de force. Reconnue par le monde de la recherche théologique, elle édite une trilogie. Deux tomes sont édités en français à ce jour qui englobe trois grands aspects de personnages femmes :
Dans sa démarche, elle n'abandonne en rien les travaux de celles qui l'ont précédée ; elle continue à dénoncer, avec beaucoup d'humour parfois, une exégèse partisane au seul profit des hommes et elle sort de l'oubli des personnages très peu en vue. Mais elle le fait dans une approche globale qui ne cantonne pas ses découvertes et lectures dans des cercles de lectrices convaincues par la chose. Le fait que cette démarche a trouvé une oreille ouverte de la part des Editions du Cerf est un indice que le temps est venu pour présenter de tels travaux dans une approche global.
Pour donner un exemple : le tome sur les femmes prophétesses s'ouvre sur un long chapitre qui récapitule les données en ce qui concerne la tradition prophétique, tout court. Là où auparavant la recherche concernant certains grands figures du prophétisme montrait des hommes au détriment des femmes, elle ne tombe pas dans l'écueil contraire. Elle met en avant des destins et des noms de femmes, certes ; mais elle le fait dans un cadre qui s'applique également aux hommes.
Son livre correspond à un grand impératif de la théologie féministe : Rendre la recherche accessible à tous. Dense, elle reste néanmoins accessible.
Ce n'est pas un livre de chevet avec des jolies histoires. C'est un outil qui veut rendre lecteurs et lectrices capables à travailler à partir du texte. C'est à ceci que servent ses propres traductions des textes cités. Elles donnent la possibilité de se rendre compte de la teneur d'une idée ou d'une thèse avancées.
Ainsi, la trilogie marque le chemin parcouru et donne des outils pour avancer. C'est une base de travail qui est utilisable par hommes et femmes, par sceptiques et convaincues. Pour peu que l'on a envie de travailler sur la tradition elle-même.
Certains chapitres comme celui sur Déborah indiquent des ouvertures. Mais il reste du chemin à parcourir. Les écritures restent une parole qui s'ouvre à un dialogue vivant.
Angelika Krause
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